laaroussa

Fabriques artistiques d’espaces populaires

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Présentation

logo-laaroussa-petit2LAAROUSSA est une fabrique d’espaces populaires de création culturelle portée par l’association L’ART RUE. Ce collectif pluridisciplinaire œuvre pour une culture démocratique, la cohésion et le développement social par l’Art. Nous expérimentons le dialogue artistique pour l’inclusion sociale dans sa diversité, la citoyenneté, les pratiques artistiques alternatives associant étroitement art, société et développement économique.

L’ART RUE travaille, depuis fin 2010, sur le territoire de Sejnane, développant les différents actes du projet Laaroussa, projet de longue haleine car celui-ci devrait déboucher d’ici 2014/2015 par la création d’une coopérative de poterie artistique et artisanale à Sejnane. Laaroussa tisse des liens entre des savoir-faire artisanaux et l’art contemporain autour d’un objet universel commun, la poupée.

poupee-laaroussaLAAROUSSA poupée ou mariée, est la figure emblématique du travail de la poterie des 60 femmes de la fabrique. Elle représente le symbole de leur féminité, de leur force et de la fertilité.

 

Laaroussa est un dispositif poético-politique mis en place par le dialogue pour valoriser des compétences au service d’une dynamique collective de production. Les ateliers mis en place tournent autour de la poterie mais aussi de la cuisine et de l’éveil des enfants (mise en place d’une crèche). Nous y organisons régulièrement des workshops mettant en lien art, artisanat, citoyenneté, lien social et développement social et économique. L’art y étant le vecteur de valorisation, émancipation, autonomisation et ouverture au monde des femmes.Contre toute forme d’oppression et de récupération, ce projet a permis à une soixantaine de potières de valoriser un savoir-faire artisanal féminin, potentiel économique sous-estimé, voire ignoré, et de l’élever au-dessus du simple folklore local. Mais l’impact le plus important est d’avoir donné la possibilité à ces artisanes de travailler toutes ensembles alors que, jusque-là, elles travaillaient seules chez elles. Ce travail coopératif les a extrait de l’isolement, leur a montré leur force et leur potentiel ouvrant ainsi la possibilité de se constituer en coopérative.

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Artistes potières de Sejnane – Novembre 2012 -

Avec le projet  Laaroussa nous souhaitons démontrer que l’Art peut être un moteur d’expansion sociale et économique et qu’elle est  à même de revivifier une région telle que celle de Sejnane. Ce pourquoi nous avons basé tout notre travail sur la rencontre de l’art et de l’artisanat afin de créer des passerelles solides entre ces deux pôles et de permettre à ces pratiques artisanales d’être le terreau d’une grande modernité dans une société où la question de durabilité devient un des enjeux majeurs pour l’avenir.

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Enfin, Laaroussa s’engage volontairement sur le champ social et économique pour activer des nouveaux espaces de vie en commun car nous souhaitons promouvoir une culture d’un vivre ensemble et de paix. Nos poupées seront porteuses d’espoir dans un pays en pleine mutation et porteront les symboles que nous souhaitons voir arborer par la Tunisie : respect de la femme, respect de l’autre, mariage des peuples et des populations dans le respect de chacun. Pour toutes ces raisons nous espérons mener à bien ce projet de longue haleine car nous croyons au pouvoir de l’art à transfigurer le monde, à le rendre meilleur et, en tant qu’artistes ou porteurs de projets il nous semble important de nous investir maintenant.

La méthodologie
Selma et Sofiane Ouissi

La méthodologie de ce dispositif comporte une série de stratégies, qui, dans leurs grandes lignes, se déclinent en cinq étapes. La première consiste à aller à la rencontre de l’univers où les artistes envisagent de s’insérer, pour s’en laisser imprégner et en partager le vécu, tout en mettant en place différentes sortes d’investigations. A partir de là, ils orientent la stratégie de création du dispositif dans son ensemble. La seconde étape consiste à sélectionner les éléments appelés à faire partie du dispositif ainsi qu’à définir le mode opératoire du concept. La troisième étape est fondée sur des stratégies d’interaction avec la population choisie, de manière à faire surgir les conditions d’expériences vécues et partagées pendant un temps long. La quatrième étape consiste à inventer des moyens de communication destinés à un public sensible à l’art. La cinquième revient à élaborer des moyens de communication pour un public plus large et plus divers, potentialisant une expansion imprévisible, qui va dans différentes directions simultanément.Fondements de la future coopérative.La future coopérative Laaroussa est le reflet du travail entamé lors des ateliers, établi sur la complémentarité des compétences et la mutualisation. Elle se fonde sur une gestion démocratique, participative et responsable, favorisant ainsi tous les savoir-faire individuels pour les mettre au service d’une dynamique de production de groupe. Les femmes de Sejnane ont de l’or dans leur main : un capital culturel, artistique, historique et économique.Une dimension patrimoniale : ces femmes sont potières de mère en fille et portent un artisanat traditionnel et original dont les formes et les décorations géométriques, typiquement berbères, datent du deuxième millénaire, à la fin de l’âge de bronze méditerranéen. Les fils de la transmission se coupent peu à peu car elles rêvent aujourd’hui d’un autre avenir pour leurs filles et s’endettent pour leur donner la possibilité de faire des études et de s’émanciper de cette argile si généreuse mais si peu rémunératrice. La création de cette coopérative permettra de sauver un patrimoine immémorial de la Tunisie qui n’attend qu’un petit coup de pouce pour fructifier.Une dimension artistique : Chaque poterie est unique et dépasse le simple artisanat. Certaines créations, dont les fameuses poupées de Sejnane, allient un savoir-faire millénaire à une contemporanéité artistique réelle. Chaque potière a sa poupée : traditionnelle, naïve, épurée, géométrique, monochrome, en buste ou en pied… Certaines pièces sont de véritables œuvres d’art et les antiquaires ou galeristes occidentaux ne s’y trompent pas en les vendant à des prix exorbitants.

Habitation sur les collines de Sejnane - Tunisie - mars 2013
Habitations sur les collines de Sejnane – Tunisie – mars 2013

Une dimension écologique : Point de tour, chaque pièce est modelée entièrement à la main, façonnée avec de l’argile longuement travaillée puis peinte avec des colorants à base de plantes, comme le dharou (pistachier-lentisque) et enfin cuite de manière ancestrale dans un feu mêlant branchages et bouses de vache (djella). Une poterie entièrement naturelle et écologique à l’image du site sublime de Sejnane et de ses environs qui pourrait facilement développer un tourisme alternatif.

Une dimension équitable : Actuellement ces femmes vivent dans une misère réelle, indigne de la Tunisie. Des affairistes viennent acheter sur place leur création pour les revendre entre 5 et 20 fois leur prix en Tunisie et à l’étranger. La coopérative est l’occasion de mettre en place un réseau de distribution équitable, seul à même d’apporter des revenus décents à ces artisanes tout en respectant les droits économiques, sociaux, culturels et environnementaux.

Une dimension féminine : cette coopérative permettra non seulement l’autonomisation de la femme rurale mais sera un véritable remède à la pauvreté dans une région où le chômage masculin est très élevé. Leur travail sera mis à l’honneur au sein d’une société plutôt patriarcale en remontrant ainsi aux hommes tant par leur compétence artistique que par leur participation à l’économie de la région. Voyant enfin le rendement de leurs efforts, les femmes continueront à transmettre leur savoir à leurs filles tout en ayant conscience de la nécessité pour elles de ne pas interrompre trop tôt leurs études favorisant ainsi l’alphabétisation et le devenir de la nouvelle génération.

 

Texte : Collectif Laaroussa

Crédits photos : Cecil THUILLIER et Mongi Aouinet